P’têt que c’est historique, p’têt que ça ne sera qu’une anecdote, dans l’histoire.

Ce  WE, je suis passé plusieurs fois d’un état à l’autre.

D’abord, les restos du coeur, (zut, je fatigue déjà), le repas de tous les quartiers, samedi soir, salle Jean Mermoz. 400/600 personnes, bon, je me suis trompé sur le pronostic.

Les gens investissent la salle s’attablent, j’allais dire avec « femmes et enfants » oups.! C’est très familial dirons nous. Un gars de  100% est là et viens me dire bonjour, je lui demande ce qu’il en pense. Il me demande « où est la politique? il y a eu des prises de paroles? ». J’essaye de lui expliquer, que tous ces gens qui se parlent, c’est peut-être de la politique. Je repense au terme « prise de parole » tout un programme.

Sur scène c’est l’ambiance kermesse avec des spectacles pour les petits et les grands, entrecoupés de « témoignages » qui me font toujours autant penser à des nouveaux chrétiens qui viennent témoigner de leur conversion, et de leur foi en public. Pourtant la sincérité ne fait aucun doute, mais « j’sais pas ! ». Ca me gratte, et avec les applaudissements en prime, faudrait trouver autre chose. Salah termine ces témoignages par une brève intervention qui me rappelle un peu celles du meeting de 100% l’avant veille sur cette même scène. C’est le lieu qui doit faire ça, mais pas que.

Et puis ce que je craignais arrive, le son qui monte, qui monte. 25 musiciens sur scènes genre grosse fanfare, sonorisés par une sono surpuissante, l’ambiance est là, mais quelle ambiance? Celle du gros son roi! J’aime pas. Les gens ne peuvent plus vraiment se parler, il faut se gueuler dans les oreilles, la « fête » devient obligatoire.

J’ai été pêcher ça sur le net à propos d’un livre de Philippe Murray, « Après l’histoire » :

« La solution, c’est la fête généralisée, instrument par lequel le pouvoir neutralise la menace potentielle de rébellion de ces êtres dont il n’a pas besoin, le NON étant noyé dans le ON de l’émotion collective. Qu’ils s’éclatent dans la multiplication des fêtes collectives, et qu’ils ne sachent jamais que le pouvoir leur fait la fête.

Le totalitarisme d’autrefois n’y avait pas pensé. ».

J’aurais imaginé les 25 musicos jouant en acoustique, ce qui aurait fait déjà pas mal de bruits, et le reste de la salle occupé par des tables où les gens discutent boivent. Un espèce de café – concert- mot’. Je dois être vieux jeu.

Tout au long de la soirée je discute avec plein de monde, j’essaye de d’évaluer les conséquences de ce qui s’est passé Mardi dernier au C.A. (28/02/01).

J’ai le sentiment qu’il y a eu là une fêlure que certains cherchent à masquer, et que d’autres voient comme une vraie menace sur le mouvement.

  1. me dira, « tu comprends, je ne peux pas travailler avec des gens que je n’aime pas, or untel, je ne l’aime pas c’est comme ça… » C’est l’affectif en politique qui déboule. Et ce n’est pas rien, on ne peut pas nier son rôle, mais comment en parler, le traiter, faire « avec »? Pour que les gens fonctionnent ensemble, abattent un boulot énorme, le mieux est qu’ils s’aiment. Dis comme ça, ça fait cucu, et pourtant.

Ce soir là je ressentais le « gros son » comme une tentative d’étouffer ce qui s’était passé mardi dernier. C’est de la subjectivité plein pot, et dans ce cadre là, j’avais tout d’un coup le sentiment de la fragilité de tout cet édifice, qui marche beaucoup à l’affectif. L’affectif, il n’y a pas plus fragile, pas plus dangereux, si l’affectif s’écroule, tout se coince. Ce soir là je commençais à ressentir ce que ce serait de faire le deuil de Mot’. On a beau se dire « tout ce qui s’est passé c’est déjà ça » n’empêche que quand on voit le gris reprendre sa place,qu’on imagine ces centaines de visages se refermer comme avant, bonjour la douleur!

Ce soir là, je devais être très fatigué.

Il y aurait à chaque fois des milliers de choses à raconter, je pense surtout à cette grande discussion avec le copain d’In. Ex-sans-papier, qui me parle avec un magnifique sourire entrecoupé de colère, de l’attitude de rejet des mairies socialistes pendant la dernière marche des sans-papier, de sa difficulté constante de vivre sous ce gouvernement socialiste. Il ne comprends pas comment Mot’ peut envisager de passer un accord quelconque avec le PS, et va jusqu’à penser que c’était décidé dès le départ.

Le lendemain AG pour tenter d’anticiper les décisions à prendre pour le deuxième tour. 150 personnes, dont 130 qui prendront part aux votes. Chaque AG devient un peu plus dense, avec une tension qu croît.

Exposition des différentes attitudes, des différentes possibilités, etc.

On sent la fatigue, parfois le ton monte d’un cran, très vite quelqu’un dans le groupe demande à ce qu’on se calme.

Hormis les prévisions de scores, deux interrogations majeures : le PS c’est qui et qu’est-ce qu’ils veulent? Certains les voient comme des « tueurs » d’autres évoquent le fait que Simon, Fontvielle, et d’autres sont des socialos atypiques. Ce à quoi est avancé qu’après quelques années en place ils seront comme les autres. Il y en a qui estiment que c’est au niveau national que ça va se négocier, Toulouse étant la quatrième ville de France.

L’autre débat c’est comment utiliser les médias? Qui va utiliser qui? J’ai l’impression que pour certains le fait d’avoir été sur médiatisé a créé inconsciemment une dette à payer.

Peut-on faire attendre les médias, différer les réponses attendues, revendiquer publiquement le temps de réfléchir collectivement, démocratiquement.

Puis, on en arrive à voter pour savoir s’il faut voter pour  décider si on peut  voter. La machine s’emballe, certains demandent l’annulation d’un vote où ils faisaient parti de la majorité.

Une pause de 10 minutes est demandée, elle est refusée, appelant à ce qu’on en finisse. D’autres mettent en garde l’assemblée sur le fait de prendre des décisions à la hâte sous prétexte  d’évacuer la tension. Il y a déjà 3 bonnes heures que ça dure, quelques personnes s’en vont, bougent, la configuration de la salle se modifie spontanément, les gens se rapprochent les uns des autres, et tout d’un coup la parole coule à nouveau, fluide, intelligente, affectueuse (si si!). Et tout le monde pointe ce changement, ce qui était tension, se métamorphose en énergie constructive. Un genre de miracle!

Je n’aime pas les miracles, c’est très difficile à reproduire. Et il me semble que dans les jours qui viennent va y  avoir besoin que ça se reproduise.

Je filme tout, comme un con, j’ai l’impression qu’il faut faire de l’archive, que ce qui se passe là est peut-être historique, et que c’est trop bête sous prétexte d’économiser des cassettes, et du temps de dérushage, de ne pas collecter ce qui se passe pour les générations futures. Tatatsouin!  Sans aller jusque là, je pense à dans 6 ans, si cette matière peut servir à ce que certains se forgent des outils pour avancer.

Bref je me sens instrumentalisé, ce qui sur le plan d’un documentaire est « le » pécher mortel, je m’en fous, enfin pour le moment. Plus tard, j’aurai peut-être des regrets.

Ceci dit, qui aura le temps de fouiller dans des dizaines d’heures de bande pour en tirer quelque chose?

Je reste un peu flou dans ce récit ne voulant pas interférer trop directement sur ce qui se passe.

Je reçois régulièrement des réactions à ce que j’écris. L’Internet  ça peut être vachement dangereux, ça peut vous faire croire que vous n’êtes pas seul à penser ce que vous pensez. Et si en plus vous rencontrez, après des gens qui dans la réalité vraie, concrète, vous le confirment, on passe du virtuel au réel, et là c’est très grave, mais grave, vous pouvez pas savoir ! Je ne m’en remets pas encore.

Bon, ça va faire long, mais j’ai reçu ça hier soir, pas le courage de couper dedans. A quand un atelier d’écriture, politico-militante-motiv’. En plus je sais qu’il y a des gens chez Mot qui savent faire ça!

…par où commencer?

« Alors elle m’avait dit  Vas-y, regarde son site, c’est riche, un autre regard, et j’avais pas pris le temps, comme d’hab. Là, je suis schotchée. Réellement. Parce que ton journal m’interpelle, me touche, j’ai besoin de te répondre, en tremblant, non, là, je me réponds.

 

Depuis six mois maintenant, je sillonne aussi au sein des Motivé-e-s, je regarde, j’écoute, j’apprends surtout, énormément, voir tellement que j’ai du mal à me dire que je « m’approprie » tout ce qui circule, tout ce qui se dit, et surtout de la manière dont ça se passe.

 

La « participation » m’est difficile, non via les « petites tâches » (je fais partie des « petites mains ») mais dans la prise de parole, dans le fait d’assumer mes positions, parce qu’elles changent trop souvent, parce que je suis impressionnée aussi, ou impressionnable… par la pertinence des gens qui sont présents, par leur réactivité, agilité, perspicacité, dans des situations ou face à des contextes que je mets deux plombes à décrypter. Alors je me tais, avec le sentiment culpabilisant de « consommer », avec la fierté déplacée de m’y reconnaître, quand mes propres limites sont si difficiles à dépasser…

 

Quand tu parles de M., qui constate les dérapages possibles d’une démocratie « dite » trop souvent que par quelques personnes, je me dis que c’est là que je dois, oui, c’est un devoir, prendre mes responsabilités et tenter aussi ma propre expérimentation : m’affirmer et oser. Me lancer quoi. Mais qu’est-ce que c’est dur!! Et qu’il faut du temps pour s’inventer, et qu’un jour, je serai moins tétanisée par l’expression libre. En même temps, je repousse toujours l’échéance. Trop facile.

 

Alors, c’est le vertige permanent, besoin et peur du « tout-collectif-tout-le-temps », comment ils font les autres??? J’ai jamais connu autant de gens chouettes en si peu de temps., « le lien social » est enfin traduit, même si je cherchais pas là des « co-pains », j’en ai déjà pleins, je peux pas m’empêcher de les aimer aussi. Motivé-e-s me « nourrit », mais faudrait aussi que j’apprenne à faire à mangé-e-s..

 

.Aie, aie, aie!!

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Ah! Dernière minute, J. C. de 100% a réagit à ma littérature… c’est là :

Après quelques hésitations (oui, ça existe malgré les soi-disant certitudes que certains nous prêtent), l’envie de réagir à ce journal de bord, qui apparaît de plus en plus comme un soutien à la liste Mot’  et qui, sans doute, contribue à alimenter certaines tensions entre les listes. Ce qui me fait écrire cela c’est le choix des apparitions (et des absences) de la caméra, absences à la soirée Porto Alegre à Utopia le 19/02, au rassemblement Palestine place Salengro pour baptiser la place Jérusalem-Est (en absence de Mot’), à la manif contre l’extrême droite du 28/02 avec 2000 pers et beaucoup de jeunes (c’est sûr, il fallait couvrir ce soir là la conf de presse de Mot’ !). Le comble, dans la période récente et après les attaques personnelles contre F.B., A.P., est dans la façon de nous dénigrer dans le compte-rendu du meeting du 1er/03 : problème pour compter les participants en en enlevant une centaine (bagatelle?), raccourci méprisant pour le comité Ginestous 2000, rien sur Job, rien les artistes présents (c’est sûr, ils ne sont sans doute pas du « bon côté »). Si faire un journal de bord, d’abord avec des incertitudes louables puis ensuite avec un basculement dans un soutien à la liste Mot’, c’est contribuer à « faire de la politique autrement », je trouve ça un peu réducteur et si aisé de choisir la liste bien placée dans les médias (artistes obligent) et dans les sondages. Il est loin le temps où ce journal de bord rapportait honnêtement et objectivement (mais est ce vraiment possible de ne pas être subjectif quand on rapporte ses sentiments et que l’on a des amis engagés dans Mot’?). Tant pis  ou tant mieux pour ceux qui ressortent ainsi heureux de la division des deux listes et rassurés de pouvoir écrire des commentaires aussi plein de certitudes. Ceux qui doutent ne sont pas forcément ceux qui le clament partout. En espérant vraiment que l’après-élections rassemble ceux qui sont aujourd’hui divisés en deux listes mais qui se retrouvaient souvent dans les luttes et les fêtes…
J.C. (100%A.G.)
– 05/03/2001 09:35 GMT

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